Cheminer

Quand c’est l’autre qui va mal

Quand on va soi-même mal, c’est une chose. Quand c’est le conjoint, le mari, le partenaire, l’amie, l’enfant, le parent, c’est une autre histoire.

Un conjoint malheureux ou peu épanoui, un époux en burn-out, un adolescent qui se referme, une amie qui travaille trop, un parent qui ravale les larmes de son deuil, un enfant qui se rend inconsciemment difficile ou qui n’est pas assez sage en classe. Un autre qui va mal. Il se débat avec un démon que je connais bien, ou un démon inconnu que j’ai la chance de pouvoir observer avec un certain recul.

Cet autre qui compte pour nous d’une façon ou d’une autre, peut-être qu’on a osé lui dire que quelque chose semble ne pas tourner rond pour lui. Ou peut-être pas – on s’est tu, on a tâté le terrain, ou juste insinué. Ce n’est pas la joie, et il ne se soigne pas. Ou il entreprend des actions, mais ça ne résout pas le problème durablement.

Que faire ?

Le détour qu’on prend trop souvent

Je tente de me sacrifier : agir d’une façon ou d’une autre pour devenir le problème à résoudre, et éviter à l’autre de faire face à son vrai problème. Je tente de sauver l’autre : faire à sa place, ou lui lister 150 solutions possibles ordonnées selon l’efficacité et l’investissement demandé. Tout ça pour en venir chaque fois à la même conclusion : je me sens impuissante*. Je ne peux pas résoudre le problème de quelqu’un d’autre.

(*) Pour moi, c’est l’impuissance. Pour vous, est-ce autre chose qui est difficile à vivre quand l’autre va mal ?

Un détour supplémentaire

Au moment où mon impuissance devient un peu trop évidente, je déclenche la colère. Parfois je la dirige vers l’Univers : « si le monde tournait rond,… ». Parfois contre des êtres humains : « si son patron – si son instituteur – si ses parents – …. ». Souvent, je la dirige aussi vers celui qui va mal : « s’il appliquait ce que je lui ai dit de faire, il irait mieux et on pourrait passer à autre chose ! », ou encore : « il va réagir bientôt ? ». Ainsi, quand l’autre va mal, j’en viens régulièrement à lui en vouloir et du fait à être agressive. J’ai un scoop pour vous : ça n’aide pas vraiment.

Tentative de sacrifice – tentative de sauvetage – Colère : c’est un itinéraire que je commence à connaître, donc à un moment, je réalise que cette colère est juste une façon de fuir mon impuissance.

Le chemin pour rejoindre la route express « être là pour l’autre »

Ce que je veux vraiment, c’est aider, et mon impatience est dans le chemin. Alors je commence par m’occuper d’elle. Je l’écoute, l’accueille, lui fait de la place. Juste ça ? Oui oui… Ouvrez-lui votre coeur tout grand à cette part qui se sent impuissante.

Et maintenant? La probabilité est forte que vous ayez besoin de refaire l’étape précédente. Encore. Et encore. Tant que l’autre ira mal vous y reviendrez probablement régulièrement. Répétez après moi: « Quand je suis tenté de me sacrifier, sauver, donner une recette ou arracher la tête de celui qui va mal, je reviens à cette étape et j’accueille mon impuissance ».

Une fois de retour sur la voie express

Et maintenant ? Comment être là pour l’autre sans le sauver ? Comment lui donner l’espace pour grandir de lui-même sans l’abandonner ?

Lui donner une corde

Il y a des milliers de façons de dire à l’autre qu’on est là si besoin. Une façon souvent gagnante est l’utilisation du sandwich relationnel :

Comme notre relation est/tu es important pour moi, je te dis que :

J’ai l’impression que tu as difficile avec quelque chose en ce moment.

Si c’est le cas, je suis là pour toi.

Voici la corde que je te propose de tirer si/quand tu souhaites en parler ou si/quand tu as besoin de moi,

Car je tiens à notre relation/à toi.

Avec ce sandwich, on entoure l’annonce et la proposition de corde par deux couches moelleuses d’amour.

Pourquoi ça aide ? Car la personne n’est peut-être pas prête à aller voir que ça ne va pas. Ou pas prête à demander de l’aide ou à en parler. Dans ces cas-là, elle pourrait se mettre sur la défensive. Les couches moelleuses peuvent adoucir les choses.

Cette corde, c’est quoi ? Une simple corde en coton ? Peut-être, chaque relation a sa façon de communiquer. Votre corde à vous deux, ça peut être:

  • assurer l’autre qu’on lui accordera temps et attention
  • lui donner une carte « déjeuner vidage-de-sac dans notre resto préféré »
  • un carnet où chacun écrit à son tour: l’un se confie, l’autre répond – certaines choses sont plus faciles à écrire qu’a dire face à quelqu’un
  • des mots laissés sur le frigo
  • un pass pour un week-end à 2 dans un spa
  • l’itinéraire d’une randonnée en forêt
  • un échange d’emails
  • une vraie corde, que l’autre déposera à un endroit prédéfini pour signaler son besoin d’aide

Qu’est-ce qui serait le plus facile pour cet autre à qui vous tenez?

Prendre soin de soi

La tension de la corde pourrait devenir fatigante, stressante, difficile pour vous.

Que vous l’écoutiez, lui prêtiez une épaule pour pleurer, preniez en charge plus de tâches domestiques pour le soulager, deviez gérer la distance que l’autre met avec vous du fait de son malaise, être là pour quelqu’un qui va mal a un coût. Veillez à recharger votre banque de bien-être au moins à la hauteur de ce que cela coûte. Pour vous-même, et aussi parce que vous ne pourrez pas aider l’autre si vous êtes à terre.

Lui signaler quand il brûle la corde

Le comportement de l’autre peut avoir un impact sur la qualité de votre relation, et c’est important que vous respectiez vos limites. Si l’autre brûle la corde, ou dépasse vos limites : dites-le.

Pourquoi lui dire si l’autre n’est déjà pas au top ?

D’abord parce que vous vous devez de prendre soin de vous.

Ensuite, cela permet parfois une prise de conscience, ou peut donner l’élan qui manquait à l’autre pour oser prendre les choses en main. J’ai vu cela de nombreuses fois – dans les films ET dans la vie réelle :).

2 marionnettes dans les bras l'une de l'autre
photo par marco bianchetti sur unsplash

 

Parce qu’on est touché par son mal-être, il est si facile d’être maladroit quand on tient à quelqu’un. Soit en lui en parlant trop souvent, soit en lui donnant trop d’espace. Vérifiez que vous n’êtes pas en train de faire un détour. Trouvez la corde qui vous correspond et offrez lui. Prenez soin de vous.

 

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